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20.05.2008
Diary of the dead de George Romero (2008)

Etats-Unis, année zéro : les morts se relèvent. Jason et ses potes tournent un film d'horreur fauché au même moment. Ils apprennent la nouvelle aux infos, à la radio : bien sûr ils n'y croient pas tout de suite. En tout cas, Jason est persuadé de vivre l'Evénement du siècle : et ce qu'il sait, c'est qu'il est en vie, et qu'il a une camera. Il a donc le devoir de tout filmer jusqu'à la fin, pour la postérité.
Diary of the dead est donc une sorte de making-of de ce film, dont on suit l'élaboration en temps réel : choix des images, montages, tournage, tout est montré par le truchement de plusieurs caméras, de plusieurs points de vue, plusieurs sources.
Romero nous propose donc un voyage DANS l'image, en même temps que l'habituel survival dans un monde dévasté. Les frontières ne sont plus géographiques, elles sont maintenant médiatiques. On ne passe pas d'un lieu à un autre, mais d'une image à l'autre, via internet, via la télévision. Et a chaque territoire ses règles, son gouvernement. Le film de Jason est dirigé par lui seul, et monté en utilisant parfois d'autres images, sélectionnées dans les médias. Et derrière re-filmé par Romero. On nous précise (l'amie de Jason) que du son à été rajouté, pour pouvoir rendre le film le plus "flippant" possible. Et le plus réel.
Ce bon vieux Romero n' pas rendu les armes. Loin de profiter de la vague Cloverfield/[Rec], il se situe plutôt dans la lignée de DePalma et son Redacted : en utilisant le fond pour questionner la forme. Qu'est ce que l'on regarde, et qu'est ce que l'on voit ? Dans une société ou tout est montré, des images directement fournie par les terroristes du monde entier à celles de témoins vivant une catastrophe naturelle en direct, les canaux de la société-média nous déversent des images-réalités en temps réel, sans plus de traitement ni de sélection. Qu'est ce qu'il se passe en ce moment à l'autre bout du monde ? Cherchez sur youtube. Regardez la TV, lisez les journaux, écoutez la radio, … C'est le Siddhârta boudhiste version HD. On est enfermé dans une prison d'images qui passent toute l'horreur de l'humanité en boucle. Imaginez maintenant une période de guerre totale, ou une invasion zombie (c'est pareil) : tous les médias en boucle sur la mort, la violence et la destruction : qu'est ce qu'il reste a l'homme ? Il peut courir se réfugier n' importe où : soit il est filmé, soit il tombe sur un écran, une radio. Il ne peut plus échapper aux médias, même si il arrive à échapper aux zombies. C'est le miroir infini de nos propres horreurs.
Sur cette constatation somme toute assez répandue, il construit un vrai film, avec bien plus de réussite que son pote DePalma. Romero est en quelque sorte revenu à la source, et dresse une œuvre noire et nihiliste, à la mesure d'un Night Of The Living Dead en son temps. Il se sert des constatations formalistes décrites plus haut pour enfermer le spectateur dans un flot d'images oppressantes, ou les jeunes héros ne croient plus en rien, et sont condamnés à filmer leur propre destruction. Les images sont imparables, violente et crue. C'est autant par désillusion que par agression que les jeunes héros meurent : suicide, folie, la galerie de personnages est un défilé horrible de jeunesse broyée autant par la perte d'être chers que par le flot d'images "réelles" affreuses.
Et puis quelle mise en scène, quel montage. Le film est rempli d'idées géniales, de la scène de la momie répétée deux fois pour signifier le passage de la fiction à la réalité, aux passages en caméras subjectives rappelant fugacement le jeu vidéo, à des passages burlesques comme celui avec l'amish, tout l'arsenal cinématographique est utilisé. Le cadrage et la photo sont travaillés comme jamais encore chez Romero, et la fin du film est encore plus nihiliste que la fin de Night of the living dead, comme si c'était possible. Les rares survivants sont enfermés dans une pièce remplie d'écrans, comme dernier témoins omniscient de la fin de l'homme. Comme les spectateurs forcés de la fin du monde.
Un film aussi important que Night of the Living Dead.
10:35 Publié dans Films | Lien permanent | Commentaires (3) | Envoyer cette note | Tags : cinéma, zombie




Commentaires
Critique intéressante, ça fait toujours plaisir de lire quelque chose de positif déjà, sachant que la plupart des critiques ne le sont pas. Forcément, elles comparent le film à "REC" et se plaignent qu'il ne fait pas peur. Sans oublier tous ceux qui se plaignent des deux caméras sous prétexte que c'est improbable "parce que c'est un faux-documentaire" ... Qu'ont ils compris au film ? J'ai très peur pour les premiers avis presse, entre ceux qui parleront de sénilité de Romero et ceux qui admireront le film sans l'avoir compris, parce que c'est Romero et parce qu'on a un peu trop démonté dans le passé ...
Bref, "Diary of the dead" me parait assez complexe, je suis d'accord avec toi sur tout ce qu'il énonce au sujet de ce flot d'images toutes de registres différents, mais je pense aussi que le film pose surtout des questions sur la mise en scène.
Les survivants veulent utiliser leur caméscope pour raconter la réalité. Or, ils n'y arrivent pas, ils ne trouvent pas le bon moyen pour arriver à faire ressentir au spectateur l'horreur qu'ils vivent. Ils décident donc d'utiliser des mécanismes classiques, comme le champ/contre-champ avec deux caméras, la voix-off, etc afin de choquer et de donner une crédibilité à leur documentaire (qui n'en devient que plus faux). C'est surtout à ce niveau que le film se rapproche du "Redacted" de Brian De Palma pour moi. (et du fameux faux-documentaire français). Qu'en pense tu ?
Ecrit par : Megalomanu | 20.05.2008
Oui d'une certaine façon, ils ne peuvent être metteur en scène, car ils ne maitrisent absolument pas ce qu'ils filment : il n'y a pas d'acteurs, pas de scénario écrit à l'avance, ils subissent la situation. Mais dans un second temps, ils agissent sur le film, notamment via le montage et le son, mais comme dans Redacted, Romero est un peu "parodique" sur ces moments là, il se moque peut être un peu de ce qu'est devenu le film d'horreur et la jeunesse actuellement. A l'exception de Deb, tous les jeunes sont insupportables ou idiots, mais c'est parce que la seule éducation qu'ils ont eu vient de la TV justement. Enfin c'est ce que j'ai compris.
Mais oui, tu as raison, ce film est une affaire de mise en scène, essentiellement, puisque la mise en scène c'est le point de vue.
Ecrit par : Norman Bates | 20.05.2008
Tout à fait d'accord avec vous! J'ai adoré ce volet, notamment parce que son dispositif sert un véritable discours théorique !
Ecrit par : el pibe | 07.08.2008
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