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26.02.2008
A bord du Darjeeling Limited de Wes Anderson
Tout fout le camp ! Alors que les grands esprits n'en finissent plus de mourir, que les initiatives cinématographiquement originales se font de plus en plus rares, et que les derniers bastions de la critique françaises tombent les uns après les autres, cette semaine de rentrée vient démentir cette triste morosité en nous offrant (enfin, en m'offrant) le projection du dernier Wes Anderson juste avant le dernier De Palma. De quoi épicer les épinards, en somme.
Wes Anderson, hier la mer, et maintenant le désert. Agence de voyage assez classe, avec en prime un scénario cosigné de l'excellent Jason Schwartzman, qui joue qui plus est dans le film. Si je vous rajoute un Adrien Brody en grande forme, doublé d'un Owen Wilson, vous ne m'en voudrez pas, j'espère. Tout ce petit monde est a bord du Darjeeling Limited, tenu de main de maitre par un chef de wagon de la trempe des plus grands, affublé d'une femme serveuse dans ces mêmes wagons. La condition des femmes en Inde aidant, Jason S. va participer à son émancipation personnelle, au plus grand dam dudit mari, et d'un serpent venimeux. S'ensuit une course poursuite dans la moiteur écrasante du désert, dans un péril qui va de la quête de la plastifieuse à la recherche de la mère. Et oui, ils sont frères, et ils sont à la recherche de l'Eden familial, à la conquête de l'unité qui semble leur faire défaut depuis la mort du père.
Bien loin des récifs de corail de son précédent film, Anderson nous présente l'épopée de trois frères que tout oppose, dans un monde qu'ils ne comprennent pas.
Ah, on me fait signe que cette phrase est la propriété exclusive de Télérama, nous reprenons le cours de nos programmes.
Le pas de calais n'est pas le seul horizon cinématographique, et tant mieux. Il est très difficile de parler d'un film de Wes Anderson, à moins qu'il ne faille du talent, c'est peut être cela. Les indiens ne sont pas exactement le sujet du film, au moins autant que les poissons étaient le sujet du premier. Il est question de relations familiales cordiales et franches, qui a un moment donné ont débouchées sur des conflits latents qui hantent les personnages. Et la plastifieuse ?
Très belle photographie, de prime à bord, et du montage, non de dieu ! A la manière d'un Argento, Anderson explore au moins autant les antagonismes colorés que leurs répondants humains : opposition bleu/orange en permanence, les couleurs du train, certes, mais qui déteignent fortement sur la pellicule comme si le train traversait non seulement les territoires géographiques, mais aussi sociaux, ethniques et musicaux. Le plus intéressant, dans tout cela, c'est bien le montage comme ultime modelage, au delà des simples couleurs, qui donne la matière dont on façonne le réel (Télérama, sort de ce corps). LE CINEMA C'EST DU MONTAGE, dommage que Robbe Grillet meurt à ce moment du film. L'expérience chamanique n'est pas loin, mais sans être lourdingue à la Kounen, tout en douceur et en immersion, rappelant au passage que le cinéma c'est aussi de l'émotion ex-nihilo, formé par des portions congrues de pellicules, de sons, et de wagons qui se décrochent. Le train s'arrête, reprend, repart et toujours se réinvente. Ca tombe bien, la prochaine gare est en IRAK.
11:30 Publié dans Films | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : cinéma, comédie, spiritualité




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