07.06.2007
Le boulevard de la mort -Quentin Tarantino 2007-
Je fais partie de la génération Tarantino. J'ai découvert le cinéma avec ses films, j'ai aimé le cinéma à cause de ses films. En revoyant un Reservoir Dogs ou un Pulp Fiction, j'éprouve d'abord de la nostalgie, avant même le plaisir procuré par le film lui même. Pour moi, Tarantino fait donc partie des réalisateurs importants de mon époque, au même titre que ceux qui remplissaient les salles a minuit aux USA (Lynch, Romero, Carpenter...). Chacun de ses films me touche, m'a touché en tout cas. Je vous explique tout cela pour que vous soyez bien conscient que l'avis que je vais donner sur Death Proof (traduit « Le boulevard de la mort », il fallait oser) n'est pas objectif du tout, et peut être même pas honnête du tout, d'autant plus que j'ai une passion effrénée pour les films auxquels Tarantino rend hommage aujourd'hui.
Vous êtes prévenus.
Kurt Russel est le meilleur acteur du monde.
KURT RUSSEL EST LE MEILLEUR ACTEUR DU MONDE.
Croisement improbable entre mon boulanger et Eddy Mitchell, il campe Stuntman Mike (Mike le Cascadeur), personnage über-cool dans les soirées mais psychopathe dés qu'il met les pieds dans son véhicule 100 % deathproof.
KURT RUSSEL CAMPE STUNTMAN MIKE.
Le pied. Les pieds d'abord puisque dès les premières minutes, pendant un génial générique complètement série Z, on ne voit que ca. Le reste suivra vite puisque l'on va découvrir quatre gonzesses dans leur folle soirée pleine de drogue et de sexe. Et on va les suivre pendant presque trois quart d'heure, du chez elle jusqu'au bout de la nuit/ de la mort. Quatre mois plus tard, suite du film, on va en suivre quatre autres.
4,4,4
La presse, les gens, le monde qui parle, qui monopolise la parole n'a pas bien reçu le film. Evidemment, on ne peut guère porter aux nues Spider man 3 et Death Proof à un mois d'intervalle, tellement Tarantino envoie ad patres tout ces blockbusters bourrés aux images de synthèse et au bon esprit américain dégoulinant. Grindhouse, le projet global qui devait au départ regrouper deux films plus des bandes annonces, n'est pas destiné à ces gens. Il n'est pas destiné au plus grand nombre, malheureusement pour les frères Weinstein, mais à un amas de geeks cinéphages accros aux séries bis. Et c'est tout. Et c'est moi.
3/4 d'heures de préliminaires, et 10 min de jouissance : c'est le premier segment de Death Proof. Tarantino convoque sa garde rapprochée, on croise à peu prés tous les potes de Grindhouse, on croise Quentin himself en barman, et on parle des films qu'il aime devant des affiches qui viennent directement de sa chambre. Barman du bar dans lequel Stuntman Mike va rencontrer nos quatre charmantes bimbos, il prépare des cocktails aux noms inoubliables et surtout sert de la « chartrouse », le meilleur alcool du monde.
QUENTIN TARANTINO SERT DE LA CHARTROUSE.
Elles sont bonnes, pour parler vulgairement, et sexuellement plus libérées qu'un cercle de percussion hippie en 65. Comment, COMMENT ?, après la scène de danse du ventre ne pas avoir les crocs jusqu'aux genoux quand on est un homme geek qui se respecte ? Il y a pendant deux heures la plus énormes des pressions sexuelles jamais véhiculée par un film. Sans jamais montrer la moindre scène de sexe, ni même un morceau de cul ou de téton, il mettrait K.O. Le Pape en personne. Ca ne parle que ca, tout le temps, et le plus vulgairement possible. Ce film c'est juste des tripes, ca parle au corps et au cœur pendant que le cerveau est aspiré par l'extraordinaire sens du dialogue, plus que jamais présent. C'est un spectacle total.
Techniquement, c'est du grand grand moment. Recyclant les vieilles pellicules (en apparence), on a l'impression d'être dans les années 70 : l'image n'est jamais propre et clean, ca saute et sature sans vergogne. Bien loin de mettre de tels effets pour faire copie, il s'en sert véritablement pour le montage, pour les transitions et plus généralement pour la mise en scène. Sous prétexte de copie abimée, il coupe n'importe ou et complètement arbitrairement certaines scènes, met en boucle certains dialogues ou mouvements (à la manière d'un DJ qui scratch un vinyl) : c'est complètement le panard. On a l'impression de voir du John Waters des touts débuts (dans la photo et le cadrage), et pour les gens comme moi qui n'ont jamais pu voir de tels films sur grand écran, on approche du fantasme ultime. On l'impression à certains moments que la pellicule a été arrachée avec les dents par un Tarantino complètement défoncé et ivre de bonheur au milieu des ses pellicules. Pour parler rapidement de cinéma, les dialogues omniprésents ne constituent jamais une suite de champs contrechamps : c'est bien plus beau que cela, cadré en s'appuyant sur le décor, et ainsi les dialogues paraissent bien plus vivants.
La première partie, c'est donc une petite réception de Tarantino pour tous ses fans, avec ses acteurs fétiche et ses amis (Eli Roth, par exemple).
La seconde, c'est la même histoire, mais en plus « sérieux ». Cette fois ci avec des filles un peu moins belles (Zoe Bell a quand même un petit air de Marine LePen), mais complètement barges. Fans de bagnoles et de Point Limit Zéro, elles débarquent chez un redneck bouseux du Tennessee pour essayer une voiture mythique. Cette deuxième histoire permet à Tarantino de placer le clou du spectacle : une course poursuite d'une demi-heure, complètement maitrisée et une fin digne d'un "rape and revenge" du meilleur tonneau. Question course poursuite, il met la barre haute puisque c'est la performance qui est le but avoué : une grande partie de la course va se faire avec une des filles sur le capot d'une voiture lancée a 300 kilomètres heure dans la campagne berrichonne (du Tennessee en fait). Question adrénaline il y a ce qu'il faut, et l'apothéose finale est jubilatoire voire même jouissive au possible avec la chute terrible de Suntman Mike, massacré par ses poursuivantes.
Pour finir, et il faut que je le dise sinon il va y avoir des représailles, il faut parler de l'aspect symbolique indéniable du film. Comment ne pas interpréter la course poursuite, avec ses deux bolides mythiques a moitié détruits se pourchassant sur une autoroute pleine de 4x4 aux vitres teintées et d'Audi dernières générations comme un baroud d'honneur du cinéma d'exploitation, derniers vestiges rock'n'roll au milieu des productions formatées actuelles. En effet, Mike le cascadeur comme Zoe la cascadeuse sont des vestiges des 70's prêts a disparaitrais, paradant comme des fauves qu'ils ne sont presque plus, faisant semblant de se battre à mort devant un auditoire méprisant derrière les vitres teintées de bolides flambants neufs, pour qui le seul bonheur vient de la propriété et de la réussite, alors même que nos deux protagonistes n'ont jamais eu que la joie d'être vivants et de crier au monde leur individualité.
Dans un monde ou les gens sont heureux tant qu'ils peuvent consommer, Death Proof est un doigt d'honneur levé bien haut. A coté, Zodiac ressemble à une grand-mère grabataire et un peu sénile.
Merci.
14:25 Publié dans Films | Lien permanent | Commentaires (12) | Envoyer cette note | Tags : cinéma, fantastique, horreur




Commentaires
Tu parles de Zoe Felix alors que c'est Zoe Bell, l'actrice cascadeuse qui joue dans "Death Proof".
Zoe Felix étant l'actrice francaise qui jouait dans "Déja Mort" de Dahan.
Il faudrait parler du son aussi, délicieusement brut de décoffrage !
Écrit par : Ludo Z-Man | 08.06.2007
Merci, je m'etais meme pas rendu compte de mon erreur !
Écrit par : Norman Bates | 08.06.2007
Personnellement j'ai eu énormément de mal avec les tunnels de dialogues du film, déjà que j'ai jamais vraiment cru à la réputation de dialoguistes de Tarantino outre quelques trucs sympas dans Pulp Ficiton et Reservoir Dogs, ici en plus ça me permet mise en scène de manière très feignante pour du Tarantino.
On voit vraiment que le film était prévu plus court car ça donne un rythme complétement foireux avec des décharges d'adrénalines de 10/15 minutes très intenses, virtuoses et jouissives qui succèdent à du baratin de pouf (en plus le féminisme à la con il nous l'a déjà servi dans Kill Bill) vraiment chiant.
Comme disait mon collègue Mégalomanu : il y a le meilleur et le pire de Tarantino dans ce film.
Écrit par : Isaac Allendo | 09.06.2007
Ah, non je n'ai pas du tout trouvé les dialogues ennuyeux. J'aime assez le styke des dialogues et la facon dont ils sont filmés chez Tarantino. Quant aux feminisme, je ne crois pas qu'il s'agisse de ca, je ne supporte moi meme que tres peu. C'est vrai que c'est du baratin de pouf, et justement je trouve que ca contribue au décalage entre le style années 70 revival et le film d'aujourd'hui.
Enfin bon, je comprends ton point de vue.
Écrit par : Norman Bates | 09.06.2007
Zoe Bell un air de Marine LP !! Ah non, voilà qui mérite réparation :)
chronique à venir incessamment sous peu. Stop. Enthousiasme partagé. Stop.
Écrit par : Vincent | 12.06.2007
Un peu quand même, non ?
Écrit par : Norman Bates | 12.06.2007
La cinéphilie de Tarantino me paraît ici moins "sincère" que dans le magnifique "Kill Bill". Pur exercice de style, brillant mais un peu vain. Assez d'accord avec Isaac sur le "féminisme" du film : autant la "mariée" était un vrai personnage, autant on voit ici des potiches peu intéressantes (je préfère, pour ma part, le film que pille allègrement Tarantino, à savoir le "Faster pussy cat, kill! kill!" de Russ Meyer, beaucoup plus drôle et sexy). Cela dit, ce n'est pas désagréable à regarder et Tarantino reste un cinéaste virtuose...
Écrit par : Dr Orlof | 12.06.2007
bon bon eh bien à suivre alors, je vais quand même essayerr d'aller voir ce petit chef d'oeuvre...
pour info, j'adore Zoe Felix, l'actrice de "Déja Mort" de Dahan et le film est culte à mon sens.
Écrit par : herwann | 18.06.2007
Les filles sont "bonnes" ?
1. Rosario Dawon s'épile les cheveux comme Catherine de Médicis pour cause de tempes inexistantes - les cheveux repoussent et en gros plan, l'effet "barbe de deux jours" brise tout fantasme dans l'oeuf
2. Zoe Bell ressemble clairement à Marine Le Pen, on est d'accord
3. Vanessa Ferlito a le même chirurgien esthétique que Mickael Jackson et un corps ignoble - son strip tease est laid, gauche et long
4. Sydney Tamiia Poitier a pour seul avantage d'être la fille de son père. Pourquoi filmer son cul ? Il est moche.
En bref, les filles sont laides.
On a le droit d'aimer ce film, mais s'il vous plait, il faut être un peu sérieux parfois, et admettre en toute honnêteté que si on aime les jolies filles, ce n'est pas dans "boulevard de la mort" qu'on en trouvera...
Écrit par : cmi | 22.06.2007
C'est intéressant, car justement c'est ce que je dis. Quand je dis qu'elles sont bonnes, j'utilise volontairement ce mot trés vulgaire qui désigne les femmes un peu comme de la viande. Elle sont bonnes mais c'est tout. On ne parle pas de beauté, justement, on parle de viande.
Écrit par : Norman Bates | 22.06.2007
je confirme, c'est terrible... un tout bon moment à voir....et à écouter aussi...
Écrit par : herwann | 24.06.2007
Dernier cinéaste à susciter autant le débat (depuis que Friedkin ne s’adresse plus qu’à une cour réduite plus autiste que culte-addict et que même ma mère veut voir le dernier Fincher), entre thuriféraires hagards et farouches inquisiteurs (il suffit pour ça de voir l’inhabituelle flambée de commentaires –diversement valables- sur les blogs ad hoc (ici ou là) où on le chroniqua à sa sortie !), Tarantino ne manque pas de faire, avec son Death Proof, couler plus d’encre encore que d’huile de moteur.
Déterminer le bien fondé de la posture, disserter sur la vanité ou la profondeur de sa junk culture et juger de son espiègle étalage, ergoter sur l’ennui, la gratuité fétichiste (rares ici sont effectivement les séquences à relever de l’érotisme tordu d’un Crash !), hiérarchiser avec ses titres précédents puisque la recette semble à chaque fois sortie du même rayon (acteurs fétiches (ou même leur descendance !), logorrhée cool, citations et pop références en pagaille (que je ne citerais pas à mon tour !), flashes d’ultra-violence ) et crier, selon que l’on est un "30-nerd" de video-club ou un abonné MK2 de bord de canal, à la suprême trahison alter-cinéphile (touche pas à mon Genre !) ou le grand, fumeux et pétaradant n’importe quoi pour bedonnant phallocrate à tuning (soit deux postures embrassant le plus parfait contre-sens).
Qu’on prenne la chose par le menu référentiel (jusqu’à pondre un Hors Série hors de prix), comme les spécialistes du style, ou qu’on démonte façon Meccano les tics et motifs du père Quentin comme on désosse un moteur, le titre ne semble (suicidairement) fait pour personne - ou au contraire pour une poignée d’auto-élus, persuadés que le film ne s’adresse qu’à eux ?
Reste cependant intact, orgueilleusement étalé et finalement assez communicatif, cet amour inconsidéré pour les femmes (et leurs pieds), le rythme et le cadre, la référence… le cinéma quoi.
Pas une paille, tout d’même ! Si ?
Écrit par : mariaque | 18.07.2007
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