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13.01.2007

Apocalypto (Mel Gibson, 2007)

medium_18704297.jpgOn ne m’y prendra pas. Mel Gibson n’est certainement pas le cinglé que les médias nous dépeignent. Le Mel Gibson est rusé et intelligent, c’est sur. Assez pour refourguer en masse un film tel que La Passion du Christ, en latin dans les dialogues et en VO dans le monde entier. N’importe quel réalisateur aurait tourné un film en latin sur Jésus, personne n’y serait allé, et tant mieux d’ailleurs.  Du coup, il récidive : il nous ressort une langue morte du tiroir, soi disant pour faire authentique, et fait suivre son film d’une réputation d’ultra violence. A lire la presse du film je m’attendais a du Deodato version gros budget : ni une ni deux, je ne peux pas louper ca.

Les Mayas, c’est nous. Les mêmes mauvaises blagues, la même nourriture, les mêmes problèmes conjugaux, la même belle mère acariâtre, juste un peu plus d’arbres et d’animaux sauvages. Il y a même des méchants mayas qui réduisent des gentils Mayas en esclavage ! C’est fou, fou, fou. Le problème pour les méchants Mayas, c’est qu’ils ont capturés Pate de Jaguar, et que manque de bol, c’est le héros du film. Pate de Jaguar, c’est un peu Frodon Sacquet de la Comté, il a un sacré destin qui l’attend, à grands renforts de prédictions prophétiques déclamées par des petites filles malades. Du coup, quand les méchants Mayas décident de le sacrifier pour avoir plus de subventions agricoles, ca déclenche une éclipse de soleil, et comme Hubert Reeves n’était pas né, ca provoque une sacrée panique. S’ensuit une course poursuite dans la véranda du jardiland local, avec en plus les animaux du Zoo voisins.

Il s’éclate le Mel Gibson. On lui laisse la responsabilité de quelques indigènes dans une grande forêt, et tout de suite ca tourne au désastre. Il lâche les tigres, les jaguars, les pumas, les abeilles (en même temps avec des Mayas…), les serpents… il manque plus que des phasmes et on tient la suite de Microcosmos. Rassurez-vous, ca finit bien, la religion arrive à la fin. Entre temps, vous avez des jeunes gens en string dans la forêt pendant 2H30, filmé avec la caméra Genesis, la même que pour Danse avec les loups et Ushuaia Nature (les pubs TV). Non, on ne s’en fout pas, s’il vous plait : les couleurs et les animaux ont un magnifique rendu. Oui, sauf que c’est du 1,85, et que le responsable de ce choix artistique devrait être sacrifié à Maccu Pichu parce que ca flingue le film. Je m’explique : quand on veut insister sur l’immersion dans la nature et filmer des paysages grandioses on fait quand même du scope ! Là on a plutôt l’impression d’être comme un cheval à Versailles qui aurait des œillères ! C’est absolument frustrant et laid au possible. Là ou le film lorgne sur du Terrence Mallick (du Mallick pour les pauvres, quand même !), il s’en éloigne au contraire, car un film comme Le Nouveau Monde (sublime) est projeté en 2,35. Ca nous fait déjà une grosse épine au pied (nu) et pour courir, c’est plus difficile. Parce que c’est de cela dont il est question : courir. La caméra est collée aux basques de notre Jaguar Machin et ne s’en décolle jamais. Autant vous dire qu’à certains moments ca ne ressemble plus à rien tellement l’action est peu lisible. La mise en scène, ma foi, ce n’est pas grand-chose : à part un très bon début qui consiste en un long travelling avant sur des feuilles, très bonne immersion au cœur de la jungle, malheureusement  aussitôt bafouée par la suite. Il y a quelque fois du cadrage, mais dans un film où les images sont aussi belles cette insuffisance est scandaleuse. A part çà, le son et le montage sont la grande inconnue de Mel Gibson.

Revenons un instant sur l’ultra violence dont se targue le film. C’est peut être parce que je me suis fait l’intégrale de Cannibal Holocaust pendant les vacances, mais personnellement ce n’est pas ce qu’il y a de plus violent au cinéma. C’est vrai qu’à certains moments le trait est un peu grossi et exagéré, mais dans l’ensemble le film est très végétal, plus qu’organique (au contraire de Déodato par exemple, et parfaitement dans la ligne de mire d’un Mallick). Mel Gibson est toujours à la recherche du mythique, c’est assez ridicule à certains moments, mais le summum du consternant est quand même les noms des Indiens. C’est moi ou on se croirait dans Lucky Luke ? Zéro Loup (?), Ciel de Silex, Crapaud Fumant, Feuille de Cacao… j’en passe et des meilleures. Alors j’aimerais bien que l’on m’explique l’authenticité d’Apocalypto : certes ils parlent dans un langage incompréhensible et surement étudié par des spécialistes, mais moi j’ai trouvé que ca ressemblait fortement au Breton (si, si). Imaginez mon état d’esprit quand je me retrouve devant un film ou les protagonistes sont en string et mangent des couilles de phacochère en parlant breton. Excusez-moi de ne pas me sentir immergé dans une civilisation dont on m’a toujours enseigné qu’elle fut une des plus intelligente du monde.  La fin du film, complètement délirante, est absolument géniale : après avoir assisté à une naissance que le commandant Cousteau aurait enviée, le héros se retrouve comme par hasard… Ah désolé, mais allez voir le film, je n’ai pas le droit de raconter la fin.

Mel, quand tu veux tu fais du cinéma. Ton prochain film sera sans doute sur une quelconque peuplade qui parle un obscur langage en disparaissant lentement de la surface de la terre tout en rigolant bien. Comment ? C’est déjà fait ? Ah oui, c’est vrai, ca s’appelle Fox News…

Commentaires

Hello je découvre ton blog, et ce que j'y lit me plaît beaucoup, quand bien même je suis pas toujours d'accord avec toi...
En tout cas si tu écrit encore d'autres textes comme cette fabuleuse et hilarante critique du film à Gibson, je repasserais sans aucuns doutes! :)

Ecrit par : Caixão | 17.01.2007

Merci, vous êtes toujours le bienvenu !

Ecrit par : Norman Bates | 18.01.2007

Intéressant. Ce que je pense d'Apocalypto :
http://blogywoodland.blogspot.com/2007/01/mel-gibson-sacrifie-son-apocalypto.html
Mad Max 4 est à l'étude... mais sans Mel Gibson :
http://blogywoodland.blogspot.com/2007/01/mad-max-4-sans-mel-gibson.html

Ecrit par : Anderton | 27.01.2007

Personnellement, j'ai une meilleur critique à réserver à ce film. Car malgré ses défauts, un américain qui ne met pas l'occident dans son film, c'est plutôt inatendu. Ha oui, je n'ai pas l'impression que le maya ressemble au breton...

Malgrés cela, ce fut un vrai plaisir de lire ton texte !

Ecrit par : Funkybender | 17.02.2007

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