28.04.2008
REC de Jaume Balaguero et Paco Plaza et FUNNY GAMES US de Michael Haneke : "Tu parle, et j'enregistre"
David Duchovny a vraiment la classe. Hasard du calendrier, REC et FUNNY GAMES sont voisins de cinéma, et se répondent étrangement. Enchainer les deux films en un week end est un bon moyen des les confronter, l'un mettant en en exergue les procédés de l'autre.
REC c'est l'histoire de pompiers partis secourir une vielle dame : mission de routine suivie par une journaliste de la TV locale. FUNNY GAMES c'est le remake du premier succès d'Haneke, réalisateur intéressant du très beau Caché, dernièrement. C'est l'histoire de la fiction qui vient torturer la réalité, avec des gants blancs. Dans REC, on suit un point de vue subjectif, en vidéo, dans un procédé réaliste à la Deodato, façon faux documentaire. Dans FUNNY GAMES c'est du vrai cinéma, avec des vrais morceaux de mise en scène.
Figurez vous que l'Espagne me terrorise. Les films de Balaguerro sont absolument terrifiants, je tremble encore au souvenir du magnifique La secte sans Nom, c'est dire. Récemment l'Orphelinat, remake de Peter Pan, m'avait fait extrêmement peur aussi. Pedro Almodovar me fait peur aussi, mais pour d'autres raisons. La corrida ….. Et bien non. J'attendais donc avec un peu avec un peu d'angoisse ce REC, unanimement présenté comme le film le plus terrifiant du monde, une expérience sans précédent, et tout, et tout. Et bien la déception est là, impalpable, mais bien là. Impossible de rentrer dans ce film. Je dis bien impossible. La seule fois ou j'ai eu peur, c'est quand j'ai pris mon ticket à la caisse, quand je me suis aperçu que je n'avais plus de monnaie. Faute à la mise en scène ? Sans doute, moi les plans à l'arrache où on voit ni ne comprends rien, ca ne me fait pas peur, ca me fait penser à des œuvres de Mek-Ouyes, et ca me fait rire. Ca me pose un vrai problème, parce que le reste de la salle était terrorisée. Je ne sais pas, pour moi ce film est une suite de hurlements, de montée et de descente d'escalier en hurlant. Les héros passent leurs temps à monter en hurlant, puis à redescendre en hurlant chercher un truc puis à remonter en hurlant, avec des effectifs de plus en plus réduits. Un peu comme un épisode de fort boyard dans un hlm. Heureusement qu'il y a des belles choses quand même dans REC. De beaux portait de braves gens qui pensent que les japonais, et ben ils sont mieux en chine après tout, et surtout quelques "accidents" plutôt sympas, comme la caméra qui tombe à certains moments, et qui filme l'action de points de vue assez étranges, et donc magnifiques, donnant des cadrages très beaux. Et puis la fin est vraiment le comble de l'hilarité, on découvre que Kate Moss fait du bricolage nu dans son grenier.
Chez Haneke, la réalité est vraiment mise à rude épreuve. La fiction, cette trouble fête s'invite chez les américains moyens pour leurs piquer des œufs ! Bien sûr, quand la fiction décide faire les choses, c'est assez extrême : pas de demi-mesure, le champ des possibles est infini, comme les plans d'Haneke. Peut-on arrêter la fiction ??? On peut arrêter la télé, on peut se bander les yeux, le fait est que l'on y a gouté. Peut-on volontairement se passer de distraction à notre époque ? Le film répond non à toutes ses questions. Les mass medias, l'Entertainment nous aura tous, la machine à séduction ne peut plus s'arrêter. Pauvre humanité semble nous dire Haneke. On peut être d'accord avec lui, ou pas, mais il faut quand même remarquer que la mise en scène est le principal vecteur de la réflexion. Plans étirés jusqu'à l'infini pour montrer au spectateur qu'il est à la recherche de mouvement, on en vient à aimer les tortionnaires au fond, parce qu'ils nous débarrassent de Naomi Watts, et surtout qu'ils insufflent une présence au film, vide sans eux. L'adéquation forme/fond est remarquable, ce qui en fait nécessairement une œuvre d'art, certes extrémiste. Mais en tout cas, FUNNY GAMES est bien plus angoissant que REC, parce qu'il nous démontre pourquoi on aime à regarder des films comme REC justement. Ce n'est pas un hasard si FUNNY GAMES ressort aujourd'hui, Haneke veut nous refaire sa démonstration, certes un peu vaine dans le contexte actuel, mais toujours d'actualités.
Le film le plus "utile" des deux est sans doute REC, car il permet de rapprocher les êtres humains devant une œuvre fictionnelle, ce que ne semble pas exprimer Haneke : allez voir REC en charmante compagnie, vous pourrez ainsi devenir son protecteur d'une nuit, face aux multiples zombis qui ne manqueront pas de se manifester dans votre immeuble au retour du cinéma. C'est mine de rien la moitié du travail d'effectué, elle sera très enclin à finir dans vos bras. Merci REC, et merci Duchovny (je viens de me rendre compte qu'il y a ovni dans Duchovny).
15:44 Publié dans Films | Lien permanent | Commentaires (3) | Envoyer cette note | Tags : cinéma, fantastique
21.04.2008
Les Rois du Patins de Josh Gordon et Will Speck (2008)
Quel titre français minable ! Le titre original du film c'est Blades of Glory, et c'est bien plus classe. Aussi classe que Will Ferrell en patineur artistique bourré et son compagnon blond.
Brioche : Ferrell et Jon Heder (acteur sublimissime !!!) sont les deux maitres du patinage artistique mondial. Ils sont tellement forts qu'ils finissent à égalité aux JO ! Telle situation est bien sûr inconcevable pour nos deux champions à l'égo surdimensionné, et surtout pour le père de Jon Heder, magnifique William Fichtner (un des plus grands acteurs du moment), qui à passé sa vie à éduquer son fils dans l'esprit de compétition, pour un seul but final : avoir l'or. Nos deux champions vont se battre comme des chiffonniers sur le podium des JO, devant toutes les télés du monde ! La mascotte elle-même va être blessée dans l'affrontement ! Scandale au pays du consensus, les deux champions sont bannis sur le champ. Leurs vie sans le patinage est un vrai cauchemar : Ferrell tombe dans l'alcoolisme, et Heder vends des patins dans une petite boutique. Jusqu'à ce que leur ancien coach trouve l'idée du siècle : former un duo avec les deux grands champions ! Tant bien que mal, les deux ennemis jurés acceptent, attisant la convoitise du milieu…
Je pourrais arrêter tout ici et ne dire qu'une seule chose : ce film est un chef d'œuvre absolu. Peut être parce qu'après le film de Dany Boon, cela fait du bien de voir une comédie américaine dans toute sa splendeur : mise en scène digne de ce nom, humour omniprésent et à tout les niveaux, casting excellent, véritable amour du sujet traités, aucun sous entendu cynique (pourtant facile sur le milieu du patinage), émotion abondante, et surtout le film aborde des sujets très graves, tout en restant immensément dôle.
Autant j'ai tendance à trouver la mise en scène d'excellentes comédies récente un peu banale, autant là elle est particulièrement en accord avec le sujet. Il est bien évident que ce n'est pas un monument de cinéma, mais il y a une excellente utilisation du son et du cadrage, qui décuple l'aspect comique. Il faut voir le cadrage à tomber dans la scène chez les méchants, lorsqu'ils évoquent le passé de la sœur de la championne, en deux plans tout est dit. Depuis Clerks 2 je n'avais pas autant ris devant un film ! Le milieu du patinage sert de trame à un gigantesque combat pour l'accomplissement personnel, une quête effrénée où le patineur est en fait une métaphore de l'artiste, toujours en évolution, ne vivant que pour son art au risque de délaisser tout le reste et d'abimer son entourage. La passion des patineurs est aussi leur perte, mais au fond ils ne peuvent faire que cela, c'est leur manière de se débattre dans l'évier de la vie. La fin est vraiment un monument, mêlant à la fois poésie, métaphysique, et émotion : vous ne contiendrez peut être pas une petite larme à la fin du métrage !
Que dire de plus ? Ce film n'a même pas eu la grâce d'une sortie en salle en France. Je ne sais même plus qu'en conclure sur l'état du cinéma comique ici bas. Les rois du patin est tellement porté par toute son équipe, tellement sérieux et tellement appliqué, même les chorégraphies des patineurs sont sublimes et rendent hommage à ce magnifique sport. C'est vraiment un immense film, qu'il faut absolument se procurer, ne serait ce que pour résister à Dany Boon et ses sbires qui sont déjà au portillon et dont je devine avec effroi les macabres intentions.
10:56 Publié dans Films | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note | Tags : cinéma, comédie
11.04.2008
SkinWalkers de James Isaac (2007)
"-Pourquoi tu pleure ?
-Parce je suis triste…
-Pourquoi tu es triste ?
-Parce que mon mari est mort.
-La vie c'est vraiment dégeulasse.
-Oui."
3 scénaristes !!! Trois putains de scénaristes pour écrire ca ! Enfin ca serait un peu réducteur de citer juste les dialogues. L'étendue de leur travail est ahurissante : SkinWalkers c'est l'histoire d'un petit garçon de 4 ans qui est en fait l'élu, qui peut sauver les loups garous le jour ou la lune sera rouge, mais oui le vieux shaman indien l'a prédit après avoir fumé du poil de loutre. Seulement y'a des méchants, des méchants loups garous qui ne veulent pas être sauvés, les vilains. Et Rhona Mitra c'est la mère du petit, et elle n'est pas au courant que son mari disparu était un loup garou, et que son fils est l'élu. Pourquoi personne ne lui dit rien ? Elle a quand même couché avec un animal, au fond. Et elle est triste ! Les méchants sont des hippies bikers, qui veulent tuer son petit, car la lune justement est rouge, CQFD. Les gentils se cachent et emmènent le petit, mais les méchants hippies les suivent à la trace, grâce au pigeon qu'ils ont dressé. C'est la guerre tout le monde se bat, pour sauver le moooonnnnde. Mais soudain, un scénariste décide d'être original : un twist de milieu de film ! Le grand méchant et le père du gamin ! Et sa femme lui tire dessus depuis 20 minutes ! Lorsqu'elle se rend compte de la supercherie, elle pleure : en effet elle est triste. Et son marmot pleure aussi, il est triste aussi. Alors ils font la paix (spoiler) mais se transforment en loup garou, c'est la pleine lune, et s'entretuent quand même, ce sont des bêtes après tout.

Sur un scénario aussi original et grandiose, on en peut faire qu'un bon film. Avec des dialogues et des acteurs tout droits sortis d'un Chuck Norris, on ne peut pas faire dans le sentimental, vous comprenez bien. Donc on danse, danse, danse.
Rassurez-vous la réalisation est à la hauteur du reste : impossible de comprendre la moindre scène, tout le monde a le même déguisement de loup garou. Heureusement que le réalisateur à eu l'idée de génie de faire disparaitre les déguisements via des images subliminales en pleins combats pour que l'on comprenne que méchant tabasse le gentil. Sinon, le réalisateur est capable d'enchainer avec un goût exquis tout son répertoire de filtres after effects : vazy que l'image est saturée, qu'elle saute, qu'elle est ralentie, mais accélérée après, tiens je vais rajouter du rouge ici, tiens un oiseau faisons un effet vision rapace, etc. Waouh.
10:41 Publié dans Films | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : cinéma, fantastique, gore





